J’ai passé plus de la moitié de ma vie à dessiner.
Des milliers d’heures penchées au-dessus de la feuille, des centaines d’illustrations réalisées et sans même m’en rendre compte, j’ai construit une cage autour de moi.

Une cage liée au dessin.
Le truc c’est qu’il y a dans le dessin quelque chose d’absolument fascinant: au bout de ton crayon le pouvoir de représenter ce que tu imagines au plus profond de ton âme.
Et la seule limite, c’est ton imagination.
Et moi je trouve ça incroyable tu vois.
Mais le dessin c’est comme tout dans la vie, il y a toujours un prix.
Et parfois ce prix, il est plus élevé que ce que tu es prêt à payer.
Il m’a fallu 16 ans pour m’en rendre compte, pour comprendre que le dessin, et bien, ce n’était pas fait pour moi.
Et peut-être que ce n’est pas fait pour toi non plus.
Tu peux retrouver cet article en format vidéo si tu le souhaites ici : https://www.youtube.com/watch?v=hMqznLa46sA&t=1s
Je n’étais pas censé faire de dessin

Ce qui est drôle avec le dessin, c’est que je n’étais même pas censé en faire.
À l’école, j’avais 7/20 en art plastique systématiquement.
Autant pour te dire que l’art plastique pour moi c’était une punition avec de la gouache, plus qu’un court fun.
Il y a un jour où tout a changé.
Il y a eu un déclic, un déclic qui va changer toute ma vie.
Qui nous amène aujourd’hui dans cet article.
Voilà, je m’ennuyais royalement en cours d’histoire.
Et à l’époque je lisais pas mal de mangas, Naruto et Bleach pour les plus anciens.
Pour lutter contre l’ennui et le sommeil, je me suis mis à dessiner.
Le premier dessin, ça a été une petite épée turquoise au style à plume, sur le bord de ma feuille perforée.
Et là, bam, révélation.
Je me rends compte que tu peux te donner vie à tout ce qui traîne dans ta tête, avec un simple crayon.
Vérité n°1 – Tu ne choisis pas toujours ta passion

Et ça tu vois, ça nous amène sur la première vérité:
Tu ne choisis pas toujours ta passion.
Êtes capable de représenter ce que tu imagines, c’est un super pouvoir, on ne va pas se mentir. Mais ce pouvoir là, parfois, c’est lui qui te choisit.
Comme une rencontre amoureuse, ça tombe dessus, ça te prend un peu par surprise et ça te transforme.
Si jamais une passion t’attrape un jour, même sans prévenir, que tu n’avais pas prévu ça, alors embrasse-la avec force.
C’est rare et ça peut complètement changer ta vie.
J’en suis un bon l’exemple.
Vérité n°2 – La lune de miel n’est pas éternelle

Les deux premières années, c’était assez magique.
Et quand je dis magique, c’est pas juste sympa à faire. C’est du genre, tu passes des heures sur ta feuille, tu lèves la tête, tu dis “merde, il fait déjà nuit”.
Oups.
Il n’y a pas de pression, il n’y a pas d’objectif, pas de… “Il faut que je m’améliore, sinon, il se passera x ou y”.
J’était juste un gamin qui a trouvé un nouveau terrain de jeu et qui n’a absolument aucune limite dans ce terrain de jeu.
Et ça nous amène sur la vérité numéro 2.
La phase de la lune de miel, c’est la meilleure.
Mais elle ne dure pas éternellement.
Personne ne te le dit jamais.
Donc savoure la tant qu’elle-là. Parce qu’à un moment, elle s’arrête cette lune de miel. Et quand elle s’arrête, ça change tout.
Quand ton niveau monte, les attentes montent avec.
Et pas seulement les tiennent, il y a celle des autres aussi.
Au début, ça commence avec un “Wouah, c’est super ce que tu fais”.
Puis rapidement, ça devient “tu pourrais pas me dessiner ça ou ça?”.
“Ça fait longtemps que tu n’as pas posté sur Instagram un nouveau dessin. C’est dommage quand même que tu dessines si bien.”
Et toi, tu écoutes, ça flattent un peu ton égo et ça te donne aussi l’impression d’avancer.
Sauf qu’en arrière-plan, ça change la façon dont tu dessines.
Tu passes moins de temps à t’amuser et plus de temps à prouver que tu sais faire.
Vérité n°3 – Quand le plaisir dépend des applaudissements

Et pour te prouver que tu sais faire, y a qu’un moyen.
C’est de t’entraîner comme un malade parce qu’il faut atteindre les attentes.
Et crois moi, le dessin, c’est impitoyable avec ça.
Disons que tu n’aies pas appris à dessiner correctement les mains, par exemple.
Ça reviendra te mordre le cul un de ces et tu vas ramer.
Sauf que ce l’on oublie vite c’est que le dessin, c’est quand même quelque chose d’assez complexe.
Tu dois comprendre la couleur, la perspective, la mise en place, l’anatomie et le design des logos. Même faire du storyboarding et en bonus, en plus, apprendre à te servir des réseaux, si tu veux être sur les réseaux.
Bref, tu passes du mode; je découvre un nouveau jouet. Au mode, j’ai signé un contrat et je dois assurer.
Vérité 3: si ton plaisir dépend plus des applaudissements que du dessin lui-même, tu viens de changer de métier sans t’en rendre compte.
Ton art doit d’abord nourrir ta curiosité, ton plaisir personnel. Le retour des autres, c’est un bonus.
Ça ne devrait pas être le moteur.
Effondrement et silence créatif

Le dessin, il s’est arrêté dans ma vie aussi brusquement qu’il y est rentré.
Les jours passent, tu lèves les yeux et tu réalises que t’as pas touché à ton art depuis des semaines sans vraiment savoir pourquoi.
Ça faisait 7 ans que je dessinais à peu près.
C’était un moment compliqué de ma vie.
J’avais perdu des amis à ce moment-là, et j’étais à la fac.
Je passais mes journées dans mon 18 mètres carrés du CROUS.
Bien sûr, pas au top mentalement et le dessin au lieu de m’aider m’a en fait encore plus plombé.
Je dessinais un manga nommé “Can You Kill Me Again?” dont je m’étais forcé à finir, j’ai poussé pour terminer chaque pas.
J’en avais vraiment marre du dessin, extrêmement marre.

Une fois bouclé le dixième et dernier chapitre, plus.
C’était le grand silence néant, le vide.
Plus aucune envie de dessiner du tout.
Vérité n°4 – Arrêter, c’est parfois avancer
C’est très bizarre comme sensation, ce qui te passionnait hier, ça devient aujourd’hui une corvée. T’as plus envie.
Ma quatrième vérité, c’est que arrêter, c’est parfois la seule façon d’avancer. Parfois, il faut poser le crayon pour réaliser que tu n’étais pas en train de créer, que tu étais en train de t’épuiser.
La pause créative, ce n’est pas un échec, c’est un recalibrage. Elle te permet de revenir plus fort ou d’aller ailleurs.
Vérité n°5 – Ta créativité n’est pas liée à un seul médium
Le truc avec la créativité, c’est une drogue dure.
C’est une drogue très dure.
Quand tu as plus ta dose, tu vas chercher ton fix ailleurs.

Arrêter un art, ça ne veut pas dire que ta créativité disparaît. Elle se transforme, elle change de corps, elle change de forme.
Moi, elle est revenue sous la forme de l’écriture.
C’est mon premier amour.
Ça a commencé par des poèmes.
Puis je me suis dit: “et si je les transformais en chansons?”
Ta créativité, elle n’est pas liée à un seul art.
Si tu changes de médium, tu ne perds pas ton identité créative.
Vérité n°6 – Une compétence ne disparaît jamais
Vérité numéro 6: une compétence, ça ne disparaît pas.
Elle change juste de forme.
Même si tu t’arrêtes, ton savoir-faire reste en toi.
Prêt à resservir si il y a besoin, et se cache dans tes réflexes, dans ton œil, dans ta façon de penser un projet de manière générale.

Ce que t’as appris ne disparaît pas.
Ça devient un outil silencieux, un peu en fond, que tu renforces avec tout ce que tu touches.
En y repensant, c’était peut-être le passage naturel de la jeunesse imaginative à la praticité un peu froide de l’adulte.
Du dessin au tatouage : le second souffle
Et comme je m’enfonçais, en plus, à ce moment-là, dans le métal et le punk rock, c’est une autre obsession qui s’est invitée, le tatouage.
Forcément, ça me fascinait, c’est un parfait milieu entre la musique et le dessin.

D’autant plus, à ce moment-là, j’étais retourné à l’école, en école pour faire un BTS en commerce international.
C’était chiant.
Et du coup, le tatouage est un peu devenu une échappatoire pour l’école.
Et petit à petit, je me suis laissé happer, tu vois, le tatouage en général d’abord, et puis, l’Irezumi, qui est le tatouage traditionnel japonais.
J’ai commencé à refaire des longues sessions de dessin, parce que c’est un type de tatouage qui demande beaucoup de détails.
Et du coup, beaucoup de détails, c’est beaucoup de temps passé sur la feuille.
La passion est revenue.
C’était un second souffle.
L’entrée dans une nouvelle cage
Mais dans cet ouragan, il y avait un truc qui clochait quand même.
Il y avait toujours un petit poids ici, là et là, tu vois.

Une voix qui grattait un peu au fond du cerveau, et c’était… Tu t’enfermes encore.
À nouveau.
Mais c’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé ma chaîne YouTube sous l’impulsion insistante de ma tata.
J’ai commencé à publier mes premières vidéos de dessin.
Et puis, là, classique schéma YouTube, plus de vidéos, plus de vues, plus de gens qui te suivent, plus de ventes.
Le problème, c’est que… Plus tu avances dans les étapes de YouTube, plus tu as une cage qui se referme sur toi.
Vérité n°7 – Plus tu deviens expert, plus il est difficile de t’échapper
La vérité numéro 7, c’est que plus tu deviens expert dans un domaine, plus il est difficile de t’en échapper.

Il n’y a pas que les autres qui te mettent une étiquette. Tu finis aussi toi-même par t’y accrocher.
Parce que c’est confortable, parce qu’il y a une description de ce que tu fais qui est facile à donner aux gens que tu rencontres.
Mais la vérité, c’est que tu n’es pas obligé de rester dans la case que l’on t’a donnée.
Cette idée est une idée simple, sauf qu’elle est très dure à appliquer dans la réalité, ça demande un vrai travail de fond
Vérité n°8 – La compétence n’efface pas la solitude
La vérité numéro 8, c’est que la compétence n’efface pas la solitude.
Tu peux être dans le meilleur dans ce que tu fais, ça ne changera pas l’état de ta tête.
Que ce soit un silence intersidéral ou les ouragans de Saturne, tu peux exceller dans ton art et quand même ressentir un vide.
C’est cette raison qui m’a d’ailleurs amené à comprendre très tôt que je ne pourrais pas être illustrateur.

Je ne pourrais pas faire ça à plein temps, parce que passer mes journées seul, coupé du monde, enfermé dans ma bulle avec un casque vissé sur la tête, c’est impossible.
Je suis trop extraverti pour ça.
Quand l’art devient un poids
Le dessin, ça commençait à me peser.
C’est pas juste fatiguant, mais lourd comme un poids qu’on met sur les épaules.
Chaque illustration, ça devient une douleur en fond.

Toutes les idées, toutes les émotions que je garde en moi, au lieu de s’évacuer elle se collait à moi comme des aimants.
C’était l’inverse d’un état méditatif.
Vérité n°9 – Quand ton art devient pesant, c’est un signal
La neuvième vérité, c’est quand ton art commence à être pesant, c’est un signal.
Si ce qui te sert de refuge devient une source de tension, c’est que ton rapport à la passion n’est plus le même.
C’est une invitation à réévaluer et non pas à s’autoflageller.
YouTube et la cage algorithmique
Sauf qu’en plus du dessin, moi j’ai Youtube.
Et Youtube adore te mettre dans une case.
Le problème: c’est que quand tu rentres dans une case dessin, et que tu veux tester d’autres formats, l’algorithme te flingue toutes tes autres vidéos.
Du coup, tu continues, même si tu n’as plus envie…
Vérité n°10 – Plus tu es doué, plus ta cage est solide
La vérité numéro 10, c’est que plus t’es doué, plus ta cage est solide.

Ta réussite, ton image, ton argent, tout en dépend.
Tout ça devient un rôle à protéger.
Et pourtant le premier réflexe qu’on pourrait avoir c’est de se dire : mec,rien ne t’oblige à y rester. Change de niche, change de sujet, tu seras plus heureux.
Mais lorsque tu as passé des années à créer quelque chose, tu y réfléchis à deux fois avant de tout brûler.
Le miroir : perdre sa passion, perdre son identité
J’ai entendu une phrase assez récemment.
C’était dans la série “The Bear” – “L’ours” en Français. C’est une série qui parle de Carmin, qui reprends le restaurant de son frère à sa mort.
C’est un banger cette série, je te la conseille fortement.

Dans la série, le chef Carmin dit à un moment: « j’ai perdu ma passion et l’envie et j’y arrive plus et en plus je ne sais même pas qui je suis en dehors d’une cuisine. »
Et là, j’ai compris.
J’ai pris une baffe monumentale.
Je m’étais définit comme un dessinateur, que je n’étais plus.
Mais qui étais-je?
J’ai pris une baffe monumentale, parce qu’en fait, je m’identifiais énormément à Karmie, je comprenais vraiment sa détresse.
Et j’ai compris que c’était ça ma cage.
Et le pire, c’est que la clé, c’est moi, qui l’ai jeté très loin, très très loin.
Parce qu’en fait, ton image devient un rôle à protéger.
Une fois dans ce rôle fait, tu as l’impression que tu n’as plus le droit de changer, parce que c’est devenu toi. Sauf qu’être fort en quelque chose, ça t’oblige pas à y rester.
En fait, la clé de la cage, tu l’as tout le temps, faut juste avoir un peu de courage. Moi, ce qui m’a vraiment bloqué, c’est qu’à un moment, la dissonance cognitive est devenue trop importante.
Avoir une chaîne de dessins et être vu comme un passionné alors que je touchais un crayon uniquement pour filmer mes vidéos depuis 4 ans, ça n’avait pas vraiment de sens.
Et du coup, quand je suis parti voyager en Sac à dos, en Asie du Sud-Est et en Corée, que vous avez pu suivre sur la chaîne.
Vérité n°11 – La procrastination artistique est souvent de la peur
Pendant ce voyage, j’ai cru que le feu était revenu.
Ce n’était pas tout à fait ça, en fait.

J’avais quelque chose que j’avais perdu depuis longtemps: du temps.
Donc du temps pour dessiner, mais aussi du temps pour créer et surtout pour réfléchir.
À qui j’étais, à qui j’ai été et à ce que je voulais devenir.
Et c’est là que j’ai retrouvé les clés de ma cage.
Mais sans mentir, il m’a fallu plusieurs mois pour l’utiliser.
Je suis parti presque 3 mois, et je n’ai pas écris l’article que tu es en train de lire.
En réalité, ça faisait 2 ans que je repoussais cet article.
Pas paarce que je ne savais pas quoi dire, mais parce que je savais exactement quoi dire et en tout honnêteté, ça fait un peu peur.
Quand tu veux faire un virage comme ça,il y a beaucoup de choses qui entrent en jeu.
il y a la peur de décevoir, il y a la peur de perdre.
Il y a aussi la peur de confirmer que cette passion était vraiment morte.
La onzième vérité, c’est que la procrastination artistique, c’est souvent de la peur en costume. On ne repousse pas un projet parce qu’on est trop occupé.
On le repousse parce qu’on a peur de ce qui dit sur nous.
Demande-toi toujours: qu’est-ce que je redoute de voir dans ce que je vais produire ?
C’est là que se cache souvent la vraie raison.
Moi, sur cet article, j’ai écrit 5 à 6 scripts différents.
Il n’y en avait aucun qui sonnait juste.
Je m’acharnais encore et encore.
Alors que ce que j’avais besoin, c’était juste de dire: j’’arrête de chercher le bon angle, et puis je crée cet article, même imparfait.
Parce qu’après tout, cet article pourrait aider beaucoup de gens qui vont commencer, ou qui ont commencé, mais qui se disent « j’ai mis tellement d’efforts,dans le dessin, que je ne peux pas lâcher maintenant.”
Quitte à souffrir en silence.
Vérité n°12 – Quitter une passion, c’est faire un deuil
La douzième vérité, c’est que quitter une passion, c’est faire un deuil.
Perdre un art, c’est pas juste ranger ses outils, c’est enterrer une partie de ton identité.
Tu dois accepter que cette version de toi n’existera plus tout.
Comme dans tout deuil, il y a de la tristesse, mais il y a aussi la possibilité d’un nouveau départ.
Et c’est ça qui est très important.

Le dessin, je l’aimais de tout mon cœur, de tout mon être, mais si t’as plus le cœur à l’ouvrage, c’est qu’il est temps de poser l’outil, puis de continuer le chemin seul.
Aujourd’hui, je veux voir ce qu’il y a hors de la feuille.
Je ne veux plus que le dessin soit une fin, mais un outil dans ma boîte créative, parce que la créativité, ce n’est pas qu’un seul ruisseau.
C’est une fontaine nourrie par des dizaines et des dizaines de sources qui viennent de partout.
Vérité n°13 – Quitter une passion, ce n’est pas arrêter de créer

Et peut-être que finalement, en rétrospective, je me dis: “Et si le dessin n’était que l’introduction à la créativité.”
La vérité numéro Treize, c’est que quitter une passion, c’est pas renoncer à créer.
C’est se donner la chance de créer autrement.
Abandonner un art, ça ne signifie pas arrêter de créer.
C’est juste de changer de terrain de jeu.
Ce n’est pas une trahison envers ton passé.
C’est une extension de l’avenir.
Et quand tu te libères d’une passion qui ne vous nourrit plus, tu fais de la place pour d’autres formes de création.
Et c’est là que la vraie liberté créative commence.
On se retrouve dans le prochain article!
Tchuss,
Miennu.


